Dans les CHU de Côte d’Ivoire, l’information du patient doit devenir un véritable acte de soin

Voici une version plus personnelle et professionnelle, conçue comme une tribune d'expert pouvant être publiée dans un journal, une revue professionnelle ou sur une plateforme institutionnelle.

TRIBUNE D’EXPERT

Par Dr ANON Barthélémy — Médecin, spécialiste de l’information médicale et du management des systèmes d’information hospitaliers

Abidjan – Lorsqu'un patient entre dans un Centre hospitalier universitaire (CHU), il ne demande pas uniquement à être examiné et traité. Il attend également d'être écouté, compris, informé et respecté. Pourtant, dans la pratique quotidienne, l'information du patient demeure encore l'un des maillons qui méritent d'être davantage renforcés dans le parcours de soins.Le patient veut comprendre : Que m'arrive-t-il ? Quelle est ma maladie ? Quels examens dois-je réaliser ? Pourquoi ce traitement ? Quels sont les bénéfices et les risques ? Que dois-je faire après ma sortie ? Ces questions sont légitimes. Elles traduisent une exigence fondamentale : le patient doit pouvoir participer, autant que possible, aux décisions qui concernent sa santé.

Une information parfois insuffisante ou difficile à comprendre

Dans un environnement hospitalier caractérisé par une forte activité, des consultations nombreuses et des contraintes de temps, la communication entre professionnels et patients peut parfois être réduite à l'essentiel. Le médecin explique, le patient écoute, puis signe éventuellement un document. Mais écouter ne signifie pas nécessairement comprendre.Une étude multicentrique menée à Abidjan entre 2022 et 2023 auprès de 103 patients a montré des difficultés importantes de compréhension de l'information médicale : 47,6 % des patients avaient une compréhension limitée et 33 % un faible niveau de compréhension. L'étude relevait également une insatisfaction importante concernant la consultation. Ces résultats invitent à considérer l'information du patient comme un véritable enjeu de qualité des soins.

Des situations vécues qui interpellent

Imaginons ce patient qui sort d'une consultation spécialisée avec une ordonnance et plusieurs examens à réaliser. Il rentre chez lui et se demande : « Quelle est exactement ma maladie ? Est-ce grave ? Pourquoi dois-je faire tous ces examens ? » Il n'a peut-être pas osé poser ses questions ou n'a pas suffisamment compris les explications reçues.Imaginons encore cette patiente à qui l'on propose une intervention chirurgicale. Elle signe un formulaire de consentement, mais reste incapable d'expliquer clairement la nature de l'intervention, ses bénéfices attendus, ses risques principaux ou les alternatives possibles. Une signature n'est pas toujours synonyme de consentement véritablement éclairé.Pensons également à ce patient qui sort de l'hôpital avec son traitement, mais sans avoir parfaitement compris la posologie, la durée du traitement, les signes d'alerte ou la date de son prochain rendez-vous. Quelques jours plus tard, une mauvaise observance ou une interruption prématurée du traitement peut compromettre les résultats obtenus.Ces situations ne doivent pas être interprétées comme une mise en cause individuelle des professionnels. Elles révèlent surtout la nécessité de renforcer l'organisation institutionnelle de l'information et de la communication avec le patient.

Le défi de la CMU : rendre l'accès et l'information indissociables

La Couverture Maladie Universelle représente une avancée importante pour l'accès aux soins. Mais l'accès financier ne suffit pas. Un patient peut être couvert par la CMU et rester insuffisamment informé sur son parcours de soins.Avec l'augmentation du nombre de patients pris en charge, les CHU doivent donc penser simultanément à trois dimensions :Accès aux soins → Qualité des soins → Information du patient.La CMU doit ainsi être accompagnée d'une politique d'information claire permettant au patient de comprendre ses droits, les prestations couvertes, les étapes de son parcours et les modalités de son suivi.

Le système d'information hospitalier : une opportunité majeure

En tant que spécialiste de l'information médicale et du management des systèmes d'information hospitaliers, je considère que la transformation numérique offre une occasion historique d'améliorer la relation entre l'hôpital et le patient.Le dossier patient informatisé (DPI) peut devenir un outil essentiel de continuité et de sécurisation de l'information. Il permet de mieux structurer les données médicales, d'éviter les pertes d'informations et de faciliter la coordination entre les professionnels autorisés.À terme, dans le respect de la confidentialité et de la protection des données de santé, le patient pourrait également bénéficier d'un espace numérique sécurisé lui permettant d'accéder à certaines informations pertinentes de son parcours : comptes rendus, résultats disponibles, prescriptions, rendez-vous et consignes de sortie.Mais la technologie ne remplacera jamais la relation humaine. Un bon système d'information doit rapprocher le professionnel du patient et non créer une nouvelle distance entre eux.

Cinq actions prioritaires pour les CHU

Pour progresser, cinq actions me paraissent prioritaires :1. Faire de l'information du patient un indicateur de qualité hospitalière.

Chaque CHU devrait mesurer régulièrement la compréhension et la satisfaction des patients.2. Développer des supports d'information simples et accessibles.

Fiches, pictogrammes, vidéos éducatives et supports en langues adaptées au contexte pourraient compléter l'information orale.3. Former les professionnels à la communication en santé.

La compétence médicale doit être accompagnée d'une compétence relationnelle et pédagogique.4. Renforcer le consentement réellement éclairé.

Le patient doit pouvoir poser des questions et reformuler ce qu'il a compris avant une décision importante.5. Intégrer l'information du patient dans le système d'information hospitalier.

Le parcours d'information doit être documenté et coordonné au même titre que le parcours clinique.

Vers un nouveau modèle : le patient partenaire

Le CHU de demain ne doit plus considérer le patient comme un simple bénéficiaire passif d'un acte médical. Il doit progressivement devenir un partenaire de son propre parcours de soins.Cette transformation nécessite un changement de culture :

Le professionnel possède l'expertise médicale ; le patient possède l'expérience de sa maladie. La qualité naît de la rencontre de ces deux savoirs.

La véritable modernisation des CHU ivoiriens ne sera donc pas uniquement technologique ou financière. Elle sera également humaine, informationnelle et organisationnelle.

Conclusion

La qualité d'un système de santé ne se mesure pas seulement au nombre de médecins, d'équipements ou de patients pris en charge. Elle se mesure également à la capacité du système à écouter, informer, expliquer et responsabiliser.Dans les CHU de Côte d'Ivoire, l'information du patient doit désormais être reconnue comme un véritable acte de soin. Avec la CMU, le développement des systèmes d'information hospitaliers et la transformation numérique, une opportunité unique se présente : construire un modèle hospitalier où le patient est non seulement soigné, mais également informé, respecté et associé aux décisions qui concernent sa santé.La question fondamentale est donc simple : lorsque le patient quitte le CHU, est-il seulement sorti avec une ordonnance, ou repart-il avec une compréhension suffisante de sa maladie et de la manière de prendre soin de sa santé ?C'est à cette question que notre système hospitalier doit désormais répondre.Dr ANON Barthélémy

Médecin – Spécialiste de l'information médicale et du management des systèmes d'information hospitaliers